Sortie ski de rando du 5 et 6 Avril à Aussois
Ouais ben, on peut pas tout avoir. Déjà ma mère me ressassait cette phrase à longueur de journée quand j’étais môme. C’est vrai quoi. Quand on a eu la navette spatiale Lego parce qu’on n’a pas pleuré chez le dentiste (et pourtant, il y avait de quoi), ça ne se fait pas de réclamer à son enseignante en milieu de carrière de maman, la base lunaire pour faire atterrir la navette précitée. Depuis, j’apprends à tempérer mes exigences et mes caprices de fils unique envers la météo, la qualité de la neige, les contraintes liées au groupe, etc… Pourtant, ce we, je n’ai pas eu à me faire violence. C’est vrai que le dimanche on a eu de la neige pourrie à la descente, c’est vrai qu’on n’est pas allé au sommet (à part Michel, en sprintant, faisant fi du vent et de la pente), c’est vrai que le refuge n’est accessible que par trois heures de ski sur une route désespérément plate qui chauffait la plante des pieds de ma douce et par conséquent mes oreilles dans les mêmes proportions. C’est vrai aussi que les nuages du dimanche nous masquaient l’itinéraire et que c’était flippant. Et bien, malgré tout cela, ce week-end s’est remarquablement passé. Il faut avouer que lorsqu’un groupe passionné de montagne se retrouve dans un refuge à trois heures de la civilisation, il est rare que le we se passe mal.
Mais, c’est un peu trop facile d’expliquer la réussite de ce we avec ce seul paramètre. Force est de constater que l’organisation, l’encadrement et le choix des courses de Sandrine et Hélène ont permis à tout un groupe, pourtant hétérogène, de prendre son pied. Euh, sportivement parlant j’entends. Ce n’est pas parce qu’on a dormi à 11 tous ensemble qu’il s’est passé des choses dans la chambre. Enfin pour les lits du bas, je ne sais pas trop. C’était l’anniversaire de Sandrine, alors on l’a laissé seule en bas avec que des gars vigoureux, transpirant la virilité après une journée d’effort sous un soleil de plomb et engaillardis par le rhum et le génépi qui circulaient sournoisement de lit en lit. Finalement, heureusement qu’il était là le soleil ce samedi car sinon, on aurait sans doute eu une neige aussi peu transformée que le dimanche (pour les non initiés, je rappelle que le qualificatif « peu transformée » utilisé par randonneur veut dire qu’il a galéré toute la descente dans une neige tantôt croûtée, tantôt mouillée, tantôt glacée, ce qui lui a valu, en général quelques gamelles mémorables qui lui ont fait juré qu’on ne le reprendrais plus à faire du ski de rando en Avril, paroles reniées généralement une semaine plus tard). Donc, n’ayant pas laissé toutes nos forces dans la montée au refuge, nos encadrantes de choc, tout juste sorties d’un stage FFME, nous ont fait révisé la recherche d’ARVA pendant que tous les autres pensionnaires du refuge sirotaient leur bière en terrasse profitant des derniers rayons du soleil.
6h50, le lendemain, soit 10 minutes avant l’heure prévue (pas mal pour un groupe de 11, non ?), on commençait l’ascension de la pointe Marie. Enfin quand je dis ascension, ça commençait par une longue traversée propice à raviver les pires souvenirs de la veille. On se dirigeait lentement mais sûrement vers une mère de nuage qui n’allait pas nous lâcher avant 2700 m. Sur le coup de 10h00, après avoir changé d’itinéraire pour des raisons de sécurité, nous quittions les derniers nuages (qui sont restés bien sage à la même place jusqu’à notre retour, histoire qu’on profite d’eux à la descente) pour découvrir de magnifiques vallons et sommets enneigés … et ventés. Le genre de paysage qui fait qu’on se surpasse naturellement comme pour rendre hommage à la nature. Sans vouloir froisser qui que ce soit, on peut particulièrement féliciter Cécile d’une part qui malgré une grosse fatigue dès le premier tiers de la course et un horaire à glacer le sang d’un encadrant la veille pour monter au refuge, a suivi le groupe à la même vitesse que tout le monde, sans broncher. Je tire également mon chapeau à Eric, sans doute le moins expérimenté du groupe en montagne, qui ne s’est pas contenté de suivre sans problème le groupe. Il s’est également complètement maîtrisé dans un passage raide et verglacé où il a déchaussé pendant une conversion. Je vais m’arrêter là pour les fleurs : faut pas déconner quand même, je ne vais non plus passer la brosse à reluire aux petits jeunes qui ont suivi le rythme quand j’accélérais pour faire le malin. Sandrine, tu noteras les noms, je ne veux plus les voir en we club ceux-là. Non mais. Bref, cette course de dimanche a été fantastique. On en a eu plein les yeux (y compris de la neige soufflée par un vent à décrocher les bonnets avec jugulaire, ceux qu’on met pour une rage de dents) et on a même pardonné à la montagne de nous avoir donné une neige aussi pourrie à la descente et un itinéraire entre le refuge et la voiture aussi plat et chiant.
Finalement, morts de faim et de soif, on a fini les saucissons, pâtés, fromage et tout ce qui pouvait ressembler à de près ou de loin à de la nourriture chez Hélène autour d’une bonne bière blanche de Savoie (faut dire ça devenait une question de vie ou de mort pour Michel cette bière).
Bertrand.